L'anorexie mentale est une maladie psychique qui touche surtout les jeunes filles à l'adolescence, entre 14 et 20 ans et ce phénomène inquiétant augmente de plus en plus. On dénombre aujourd'hui en France cinq fois plus de cas qu'il y a vingt ans. Les jeunes filles atteintes d'anorexie offrent souvent le même profil, elles sont brillantes, studieuses et sans problèmes apparents...
Pourtant l'origine de cette maladie grave reste une énigme, on parle plutôt de facteurs déclanchants : conflit familial, difficulté à prendre son indépendance, hypersensibilité, prédispositions biologiques, impact de la mode...
Cette maladie est souvent difficile à guérir et ces personnes se retrouvent vite dans un engrenage, un cercle vicieux infernal. Nous avons donc interrogé une jeune fille de 17 ans qui était anorexique pour mieux comprendre cette maladie et les sentiments qu'elle a pu ressentir. (celle-ci a préféré rester anonyme)
Comment cette maladie s'est-elle déclenchée ? Quelles en étaient les causes ?
"Je suis tombée malade vers l'âge de 15 ans. Je ne peux toujours pas exactement expliquer comment je suis devenue anorexique. Au départ, je me trouvais un peu ronde, j'étais mal dans ma peau par rapport au regard des autres... Dans ma famille, ça n'allait pas très bien non plus, tout d'abord, je ne parlais pas de ce que je ressentais et de plus je ne voyais jamais mon père... Mes parents sont aujourd'hui divorcés mais la présence d'un homme me manque toujours...
Lorsque j'ai commencé à être malade, la danse m'a beaucoup aidé, mais je devenais trop faible pour continuer... C'est à cette période que j'ai remarqué mes vrais amis, beaucoup ne me comprenaient pas et je me sentais encore plus seule..."
Comment t'es tu rendue compte que tu étais malade ?
"Je ne me voyais pas maigre, j'avais peur de grossir, la nourriture devenait une phobie, les calories devenaient ma hantise...
Je faisais au départ 46 kg, je suis tombée à 28 kg lorsque je suis allée à l'hôpital de Mâcon début juin. C'est à l'hôpital que je me suis rendue compte que j'étais maigre et malade. J'étais très faible, j'avais des problèmes de coeur et, j'avais seulement 7 ou 8 de tension... J'aurais pu mourir... On m'a transférée dans un centre spécialisé et, j'y suis restée cinq mois.
Mais un jour j'ai revu ma marraine, elle est venue me voir au centre, à Chanay, j'ai discuté avec elle, et je pense que ça a été le déclic. Mon état s'est amélioré petit à petit. Là-bas, il y avait cinq ou six aides soignantes qui étaient là pour nous aider, servir les apports caloriques, les doses nécessaires. On devait manger, puis petit à petit, on était autorisé à se servir tout seul puis à manger avec les autres. Je me sentais plus autonome, mais j'étais encore trop faible à l'extérieur. Au début, je n'avais droit à aucun contact avec ma famille puis par la suite on m'autorisait des permissions, des sorties. Quand je suis revenue au lycée, c'était catastrophique, j'ai dû refaire une seconde car j'avais manqué beaucoup de cours. J'étais encore suivie par un psychologue, une aide soignante, une diététicienne, un kinésithérapeute. Mais je n'avais plus peur de manger et je me sentais plus proche des autres. "
Quelles ont été les conséquences de cette maladie ?
"Ce que j'ai vécu était un enfer, je m'en veux encore aujourd'hui, pour moi j'ai gâché mon adolescence. Je ne parle pas beaucoup de ce qui m'est arrivé. Je suis ressortie plus mûre de cette expérience, je vois les choses différemment. L'anorexie m'a changér, maintenant, j'ai encore du mal à me sentir à l'aise, je suis trop sérieuse, je ne pense pas assez à m'amuser, à me "lâcher".
Je pense que l'anorexie est un phénomène de société, cette maladie est de plus en plus fréquente, je ne pense pas que les médias en soient la cause mais ils jouent sûrement un rôle."